Utilisation de l’hypnose clinique pour venir en aide aux victimes de l’intimidation
L’intimidation scolaire est une forme de violence psychologique dont les séquelles peuvent durer de nombreuses années.
L'intervention psychologique doit souvent se faire en amont dans une perspective de prévention. C'est pourquoi les techniques d'hypnose et d'autohypnose sont pertinentes pour intervenir dans des cas d'intimidation scolaire.
Rôle de la prévention en psychologie pour contrer l'intimidation scolaire
L'intimidation produit des cicatrices affectives qui peuvent affecter les victimes en causant des troubles mentaux, comme la dépression, des troubles de la personnalité, des difficultés de concentration et des pertes de mémoire.
Les effets négatifs de cette forme de violence sont très sévères. Il ne faut donc absolument pas les négliger ou banaliser cette forme de violence. Dans les écoles, cette forme de violence est même interdite par la loi et les membres du personnel doivent obligatoirement agir de concert afin d’éradiquer ce fléau.
Suite à la parution de ce texte on m’a invité à parler de l’intimidation à «LCN Matin» le samedi 26 janvier 2013. Je me suis filmé à la télévision… Voici ce que ça donne:
Dans le milieu de l’éducation, cette forme de violence, doit être éliminée du répertoire comportemental. La violence ne peut plus être une option. Le personnel scolaire, de concert avec les parents et les autres professionnels impliqués doivent donc collaborer en vue d’une nous pouvons viser cette pacification des relations interpersonnelle, parce que l’école est un milieu où nous pouvons travailler ensemble sur un objectif commun.
Intimidation en milieu scolaire – une vignette
Témoignage d’un parent
Un père rentrait du travail et, comme il arrivait quelques minutes plus tôt que prévu, il décida de passer devant la cour d’école afin de vérifier si son fils s’y trouvait encore. Alors qu’il se trouvait à une centaine de mètres, il aperçut un enfant assis dans la neige. Un autre garçon, plus grand, s’approcha de lui et lui asséna soudainement un coup de pied de côté, directement entre les omoplates. Le père entendit l’enfant crier de douleur, puis le vit se lever péniblement et se diriger vers un surveillant qui se tenait à proximité.
En s’approchant, le père fut saisi par une angoisse intense, rapidement mêlée de colère. Il reconnut alors l’enfant agressé : c’était son fils. Arrivé près de la clôture, il vit son garçon s’avancer vers lui en pleurs. Il tenta de lui demander ce qui s’était passé, mais l’enfant, encore figé par la peur et la douleur, était incapable de répondre. Le surveillant s’approcha alors, d’un ton soupçonneux, et interpella le père : « Qui êtes-vous, monsieur ? Vous ne pouvez pas parler aux enfants ! » Le père dut expliquer qu’il était le père de l’enfant et demanda si une intervention avait eu lieu. Le surveillant répondit par l’affirmative.
Une fois à l’intérieur de l’école, il devint évident que l’enfant souffrait beaucoup au dos. Le père demanda alors si le garçon responsable du coup avait subi une conséquence, ou si l’événement avait été consigné à l’agenda afin d’en informer les parents. La réponse fut sans appel : non. On ajouta plutôt que son fils avait insulté l’autre garçon et que, par conséquent, « aucun des deux n’était correct ».
Par la suite, d’autres témoignages révélèrent que plusieurs enfants avaient effectivement insulté l’agresseur, mais que seul le plus vulnérable avait subi les représailles physiques.
Le père sortit profondément ébranlé de cette situation. Le surveillant concerné se livra par la suite à de nombreuses médisances autour de l’événement, vraisemblablement pour tenter de justifier une inaction manifestement irresponsable.
Lorsque le père tenta d’aborder la situation avec la direction de l’établissement, on le menaça d’exclure son fils du service de garde.
C’est dans ce contexte que j’ai fait la promesse à ce père de ne jamais révéler mes sources.
Que faire en pareille situation?
Lorsqu’une personne est témoin d’un acte d’intimidation, il est essentiel que la situation soit dénoncée. Par crainte de représailles, il est fréquent que les témoins hésitent à intervenir directement et privilégient une dénonciation confidentielle. À cet égard, la loi visant à combattre l’intimidation et la violence à l’école prévoit déjà l’existence de canaux de signalement confidentiels, lesquels doivent être accessibles et clairement connus des élèves.
Les données de la recherche démontrent que l’intimidation tend à cesser lorsqu’elle est dénoncée par un pair témoin. Cette réalité est cohérente avec la dynamique même de l’intimidation : lorsqu’aucun signalement n’est effectué, les intimidateurs interprètent le silence comme une forme de tolérance et poursuivent leurs comportements sans crainte de conséquences. À l’inverse, un acte d’intimidation exposé perd rapidement sa force et son efficacité.
Par exemple, dans une situation où un élève est régulièrement ciblé par des moqueries ou des gestes hostiles dans la cour d’école, l’intervention confidentielle d’un camarade témoin — même sans confrontation directe — peut suffire à enclencher une action adulte. Dès lors que l’agresseur comprend que ses gestes ne sont plus invisibles et qu’ils peuvent être rapportés, le comportement cesse souvent de lui-même. La dénonciation agit ainsi comme un frein immédiat, protégeant non seulement la victime, mais aussi les autres élèves potentiellement à risque.
Dénoncer n’est donc pas un acte de délation, mais un geste de protection et de responsabilité collective, indispensable pour faire cesser la violence et rétablir un climat sécuritaire.
Voici comment je présente aux jeunes les racines et les conséquences de l’intimidation lors de mes conférences et interventions en milieu scolaire. Je commence toujours par expliquer que cette forme de violence n’est jamais anodine et que ses effets peuvent être profonds et durables. J’aborde notamment l’anxiété, l’absentéisme scolaire, les troubles de la concentration et de la mémoire, ainsi que les risques de dépression, et, dans certains cas extrêmes, les idées suicidaires que l’intimidation peut engendrer.
Concrètement, je prends souvent l’exemple d’un élève qui, après avoir été régulièrement ciblé, commence à éviter l’école, invente des maux physiques pour rester à la maison ou voit ses résultats chuter sans comprendre pourquoi. Lors des échanges, plusieurs jeunes reconnaissent alors des situations qu’ils vivent eux-mêmes ou qu’ils observent chez leurs camarades. Ces moments de reconnaissance sont souvent marquants et ouvrent la porte à une réflexion collective.
Je souligne également que l’intimidation à l’école a des conséquences bien réelles sur le développement émotionnel et psychologique des victimes. Lors de mes présentations, il n’est pas rare qu’un élève lève la main pour dire : « Je pensais que c’était juste des blagues, mais je vois maintenant pourquoi ça fait si mal. » Ces prises de conscience illustrent à quel point nommer les effets de l’intimidation permet de changer le regard porté sur ces comportements.
L’objectif de ces interventions est de faire comprendre aux jeunes que l’intimidation n’est ni normale ni banale, et que reconnaître ses impacts constitue la première étape pour la prévenir et y mettre fin.
Comment expliquer que certaines personnes font de l’intimidation?
Je commence généralement par rappeler que l’intimidation est le plus souvent un acte de lâcheté, où le plus fort s’en prend au plus vulnérable. J’aime souligner qu’il n’existe pas d’équivalent direct dans le monde animal : les animaux attaquent pour se nourrir, se défendre ou protéger leur territoire. Chez certains humains, en revanche, la violence peut devenir gratuite, dénuée de finalité réelle et, surtout, marquée par une absence d’empathie.
Mon deuxième message porte sur l’importance de se préparer à répondre aux comportements d’intimidation. Je rappelle aux jeunes qu’il est possible — et légitime — de s’entraîner à réagir. Se pratiquer permet d’apprendre à soutenir le regard de l’autre, à affirmer sa voix et à poser des limites claires, sans agressivité. Je leur propose souvent de répéter des phrases simples et fermes, par exemple :
« Je n’aime pas quand tu me parles comme ça. Tu dois arrêter immédiatement. J’ai le droit de me tenir avec qui je veux. »
Une autre façon de se préparer consiste également à prendre soin de son corps et à développer une forme de solidité physique. C’est pourquoi je recommande systématiquement aux élèves d’intégrer, dans leur routine, la pratique régulière d’un sport ou d’une activité physique soutenue.
L’activité physique contribue à un mieux-être global chez les jeunes et joue aussi un rôle préventif face à l’intimidation. Le sport ne s’inscrit pas dans la violence : il valorise l’efficience corporelle, le dépassement de soi, la discipline et le respect. Ces valeurs positives favorisent une meilleure estime personnelle, renforcent la confiance en soi et aident les jeunes à se tenir plus solidement face aux situations d’intimidation.
S’unir pour mieux résister
Je suggère toujours aux élèves de bien s’entourer: «Aussi important est de bien choisir ses amis: tu dois essayer de te refaire un réseau parallèle avec d’autres élèves que ceux reliés à l’agresseur.» La première démarche c’est déjà de faire le deuil de cette relation avec l’ami «agresseur» en question pour t’ouvrir à d’autres rencontres. C’est une démarche qui est loin d’être facile, car ce genre de relation avec un ami-agresseur cache toujours une certaine dépendance… Par exemple, on peut prévenir beaucoup de problèmes reliés à l’intimidation en encourageant les relations sociales orientées vers les intérêts communs.
Si tu es fort en mathématique, n’as-tu pas intérêt à favoriser des relations avec des élèves forts en mathématique?
Favoriser le réseautage permet de réduire l’isolement. Lorsqu’il fait partie d’un réseau, le jeune n’est plus seul et cela l’engage implicitement à faire partie d’un pacte d’entraide.
C’est ainsi que la devise des Mousquetaires «tous pour un et un pour tous» prend son sens et sa valeur.
L’intérêt réside bien sûr dans la possibilité de délation et de l’identification d’une personne problématique dans un éventuel cas d’altercation. La direction de l’école sera alors beaucoup plus prompte à réagir instantanément contre un élève récalcitrant qui va faire de l’intimidation et à travailler avec plus d’intensité sur ce cas-là si elle voit qu’il y a plusieurs élèves qui font une plainte contre lui.
Je répète souvent aux élèves que les témoins d’un acte d’intimidation doivent le dénoncer. Voici comment je l’exprime :
«On a la responsabilité d’agir: quand on est témoin d’un accident, on a le devoir d’aider les victimes, maintenant c’est la même chose aussi bien pour un jeune qu’un adulte. Il ne faut pas systématiquement penser qu’une victime va s’adapter par elle-même, car il n’a peut-être pas l’expérience, le savoir-faire et les habilités pour bien réagir dans des situations complexes. Et on sait que lorsqu’on est agressé, le stress peut nous faire perdre de notre jugement et de notre capacité planification.»
En situation d’intimidation, le jeune doit avoir une certaine force de caractère, car la situation peut devenir une confrontation. À ce moment-là, il doit pouvoir se tourner vers des alliés, un réseau, des amis. Les prédateurs – l’intimidation est comme une prédation – vont essayer de sélectionner ceux qu’ils considèrent comme les plus faibles, d’où l’importance de développer des habiletés sociales.
Avec la dénonciation de l’intimidation, les choses changent, les choses bougent et l’élève reste en sécurité. Des mesures sont prises contre les intimidateurs et ça peut même aller jusqu’à un changement d’école. Il ne faut donc pas hésiter à dénoncer quand on a trouvé un réseau de confiance qui t’aidera à prendre les choses en mains.
La loi sur l’intimidation
Beaucoup de jeunes et des parents ne sont pas au courant de la portée de cet outil légal :
«Tu es le témoin direct d’un acte d’intimidation, de violence physique et verbale. Sur le coup, tu restes surpris, tu ne réagis pas, mais émotivement tu te sens aussi ébranlé que la victime. Aussi, un sentiment de culpabilité mêlé d’impuissance t’envahit. Tu te dis que tu aurais pu réagir, mais que tu ne l’a pas fait. Tu as l’impression d’avoir laissé tomber ton ami et tu te sens mal dans ta peau. Que faire?»
Il faut en parler avec un adulte responsable dans ton établissement d’enseignement. Cet adulte doit écouter ton témoignage confidentiel et aider ton ami.
En juin 2012, le Québec se dote d’une loi pour prévenir et combattre l’intimidation et la violence à l’école, nommé:
«Loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école.»
C’est du sérieux.
Voici ce qu’a déclaré la ministre responsable de l’Administration gouvernementale, lors de l’adoption de cette loi :
«Personne ne peut être un spectateur muet devant l’intimidation et la violence. Ce projet de loi vient encadrer, rassurer et donner confiance à tous ceux et celles qui sont interpellés par des gestes d’intimidation et de violence, que ce soit les élèves, leurs parents, les directeurs, le personnel de l’école et des centres de services scolaires, ou les transporteurs».
Donc si tu es témoin d’un acte d’intimidation, ou si tu observes des indices qui te laissent croire qu’une personne de ton école subit de la violence et de l’intimidation, tu dois rapporter la situation à un adulte responsable dans ton institution scolaire. Et il doit y avoir mise en place de mesures appropriées. Ce qu’il faut faire pour prévenir, contrer l’intimidation ou encore y remédier?
Utilisation de l’hypnose
Parmi les moyens pour prévenir l’intimidation, je voudrais souligner ici un moyen efficace de prévention que j’utilisais en milieu scolaire: il s’agit de la visualisation que j’utilise pendant une séance d’hypnose clinique. Voici comment s’articule cette métaphore.
Pour commencer, je mets en contexte l’importance de faire le point :
«Pour pleinement profiter de ses jours passés à étudier, il vous faut pouvoir vous ressourcer, c’est-à-dire vous recentrer sur vos intérêts, vos forces, vos aspirations, vos ambitions. Prend son sens ici l’expression « faire le point ». C’est une expression empruntée de la navigation en mer…»
Je suggère par la visualisation du capitaine :
«Pour faire le point, le capitaine prenait l’altitude du soleil à midi. Ainsi, il pouvait déterminer sa latitude sur le globe. Avec sa boussole, il corrigeait son cap. En regardant derrière le navire, la vitesse de sa progression en voyant s’éloigner du navire une bouée lancée par-dessus bord. C’est ainsi qu’il pouvait déterminer sa direction et observer la bouée pour estimer la vitesse de son navire. L’esprit reposé, il analysait toutes ces observations, estimait sa progression et dessinait un point noir sur la carte. Un bon capitaine se devait de connaitre sa position sur la carte de sa destinée pour visualiser sa trajectoire, constater sa progression.»
Par suggestion, introjection, il y a renforcement du moi, identification au rôle du capitaine.
«Ce capitaine c’est toi, cette métaphore, cette image, cette allégorie, cette visualisation du capitaine, c’est toi. Ton regard jaugeant l’horizon de ta destinée. Le Soleil à son point culminant, prenant la pose pour le bilan. Tu prends un temps d’arrêt, tu vas lentement, pour bien prendre conscience de ta vitesse et de ta trajectoire.»
Je suggère que ce capitaine fait le point, ce qui lui permet de mieux résister :
«Tu constates le chemin parcouru sur la carte. Tu prends en considération les vents contraires, les tempêtes, les attaques de requins et des pirates. Tu fais le bilan des gains et des pertes. Toutes ces activités, qu’on désigne aussi par des termes comme : pleine conscience, discernement, lucidité, sagesse, éveil, « insight »consistent à faire le point. L’insight te permet de prendre conscience que tu es le capitaine de ta propre destinée! Et tu prends les moyens pour arriver à tes fins, à contourner les obstacles, à résister aux attaques malveillantes.»
Je fais le lien entre performance académique et «livrer la marchandise» :
«Pour la suite des choses, pour atteindre le port, pour livrer la marchandise, le capitaine planifie la course à suivre. Il planifie, incube et cogite des stratégies. En fixant l’horizon, il est à la fois relaxé et très attentif. Dans son œil, on voit le reflet d’une mer remplie de promesses.»
En résumé: Comment intervenir face à l’intimidation?
Voici mes conseils et suggestions pour prévenir les situations d’intimidation et repousser les intimidateurs potentiels.
Être à l’écoute de son enfant et l’observer
«Si l’on observe un changement dans son comportement, dans son attitude en général lorsqu’il revient de l’école – il est plus taciturne ou plus colérique – il faut tenter d’investiguer pour trouver quelle est la source de ce stress ou la cause de cette émotion-là. C’est important, car, en général, l’enfant n’aura pas le premier réflexe de parler de ses problèmes, mais plutôt de gérer la situation par lui-même ou de s’adapter.»
Mon deuxième conseil portait sur l’importance de se préparer à répondre aux invectives d’intimidateur:
«On lui donne des conseils pour qu’il s’habitue à regarder l’autre dans les yeux, à affirmer sa voix, tout en lui faisant répéter ce genre de phrase : »je n’aime pas quand tu me dis ça ; tu dois arrêter immédiatement de me parler sur ce ton ; j’ai le droit de me tenir avec qui je veux, etc.»
Aussi important est de bien choisir ses amis:
«Il faut lui suggérer de se refaire un réseau parallèle avec d’autres élèves. La première démarche c’est déjà de faire le deuil de cette relation avec l’ami en question pour s’ouvrir à d’autres rencontres. C’est une démarche qui est loin d’être facile, car ce genre de relation cache toujours une certaine dépendance et un certain plaisir de la part des deux amis.»
On peut également prévenir beaucoup de problèmes reliés à l’intimidation en encourageant les élèves à jouer avec les enfants de leur âge: «Dans les milieux scolaires, on essaie généralement de décourager les groupes d’âges mélangés : on tente le plus possible de garder les élèves de première année ensemble et de ne pas les regrouper avec une classe de troisième année, par exemple, parce qu’ils n’ont pas les mêmes intérêts.»
Sans oublier que la pratique d’un sport peut contribuer à un mieux être généralisé chez tous les enfants, elle contribue également à prévenir l’intimidation:
«La pratique d’un sport ne se fait effectivement pas dans la violence, c’est vraiment pour l’efficience physique, le dépassement de soi et ce sont des valeurs positives pour un enfant»,
indique le Dr Côté qui ajoute que
«l’activité physique permet une valorisation personnelle qui entraîne une meilleure confiance en soi».
Il faut également favoriser le réseautage, que ce soit entre élèves ou entre parents d’élèves:
«L’enfant n’est plus seul, car il fait partie d’un réseau qui l’aidera, notamment, à identifier la personne problématique dans un éventuel cas d’altercation. La direction sera alors beaucoup plus prompte à réagir instantanément contre un élève récalcitrant qui va faire de l’intimidation et à travailler avec plus d’intensité sur ce cas-là si elle voit qu’il y a plusieurs élèves qui font une plainte contre lui.»
Les témoins d’un acte d’intimidation doivent le dénoncer:
«En tant qu’adulte, on a la responsabilité d’agir: quand on est témoin d’un accident, on a le devoir d’aider les victimes, maintenant c’est la même chose aussi bien pour un parent que pour un intervenant. Il ne faut pas systématiquement penser que l’enfant va s’adapter par lui-même, car il n’a pas notre expérience d’adulte, notre savoir-faire et nos habilités justement pour bien réagir dans des situations complexes.»
L’importance du respect comme valeur fondamentale
«C’est très sérieux et il y a heureusement une éducation sociale qui est en train de se faire à ce sujet, notamment à travers les médias. On demande le respect dans les communications entre chaque personne: il est très important, non seulement de faire preuve de respect dans ses propos, mais également dans son attitude.»
Ne jamais perdre de vue qu’avec la délation, la dénonciation de l’intimidation, les choses changent:
«Les choses bougent et l’élève reste en sécurité. Des mesures sont prises contre les intimidateurs et ça peut même aller jusqu’à un changement d’école. Il ne faut donc pas hésiter à dénoncer quand on a trouvé un adulte de confiance qui prendra les choses en mains.»
Sans le savoir, tu fais peut-être de l’intimidation.
Il peut parfois être pénible de se regarder dans le miroir de sa conscience et se poser cette question désagréable :
«Est-ce que je suis violent envers les autres?»
Il faut être très mature pour faire cet exercice d’autocritique et de poser un jugement sur ses propres actes. En fait, peu de jeunes y arrivent d’eux-mêmes et beaucoup me consultent pour cette raison.
«Faute avouée, à moitié pardonnée»
Ce vieux proverbe en dit long sur la nécessité de l’autocritique dans une société. Je souligne ici que je parle bien de l’autocritique positive, pas de l’apitoiement sur soi, de l’auto-sabotage ou d’un aveu d’impuissance qui mènerait plus à la dépression qu’à une réelle amélioration constructive de ses relations interpersonnelles et rapports à autrui. La démarche d’introspection permettra l’ouverture d’une première brèche vers l’autre. Et de cette ouverture, jaillira peut-être une lueur, une lumière qui pourra nous guider vers un plus grand respect de l’autre.
Mais que peut-on chercher dans l’intimidation? Dans mon langage de psychologue, je dirais que le jeune intimidateur cherche généralement à stabiliser le contrôle de ses perceptions de compétence et d’estime de soi.
J’entends ces expressions de la part de victime d’intimidation,
- «il cherche à rabaisser l’autre, pour mieux se comparer»,
- «il se compare à moi pour m’humilier»,
- «il prend plaisir à me culpabiliser»,
- «il me manipule pour que je me sente inférieur».
Le point commun de tous ces témoignages c’est le besoin de grandeur, de reconnaissance de supériorité, présente chez l’intimidateur.
Si tu dis «Quand on se compare on se console», la question est «De quoi as-tu besoin de te consoler?»
À la source de ce besoin de reconnaissance extrême de l’intimidateur, se cache souvent une blessure «narcissique», une insulte, un abus subi par l’intimidateur lui-même. À travers son geste de violence, on peut donc voir une forme de vengeance. Mais pour l’intimidateur qui a peu confiance en lui, cette vengeance est dirigée vers des victimes plus faibles, plus vulnérables. C’est pourquoi, il importe de dénoncer notre intimidateur, car celui-ci se nourrit de notre silence et de notre peur. Si l’on s’affirme et le confronte, il fera probablement demi-tour. Cependant, il faut rester prudent, car certains intimidateurs peuvent paniquer devant la confrontation.
Est-ce que tu te reconnais? As-tu une estime de soi si faible que tu ressens constamment le besoin de te comparer aux autres et de les rabaisser? Est-ce que tu adoptes une attitude blessante envers les autres? Espères-tu ainsi être plus heureux en rendant les autres malheureux? Si tu as l’honnêteté de cette prise de conscience, tu as déjà fait la moitié du chemin, vers un meilleur équilibre et une meilleure santé mentale. Tu sais maintenant que tu dois agir pour améliorer positivement et reconstruire ton estime de soi, à travers tes projets et tes propres réalisations.
Par où commencer?
Le premier pas à faire c’est souvent le plus important, dans son énergie, sa direction, sa candeur. Aussi à toi l’intimidateur sur le chemin du repentir, sans te connaître, je te donne mon conseil. Va d’abord vers l’autre, vers celui que tu as offensé et présente lui des excuses, franches et honnêtes. Ainsi, tu auras au moins entamé le processus de réparation.
Ensuite, pour bâtir ton propre estime de soi, dirige-toi vers l’engagement communautaire. Donne du temps dans une cause locale, pratique le bénévolat, par exemple. Vas-y dans un esprit de respect de l’autre, dans le but d’apporter et de construire. Tu pourras alors développer ton estime de soi, améliorer tes habiletés sociales, ressentir la satisfaction de mériter le respect de tes pairs, sans l’arracher par la violence.
Petit à petit tu trouveras le courage d’ÊTRE TOI-MÊME.