La conscience, c’est la mémoire du «je»
Beaucoup de philosophes se sont penchés sur la définition de la conscience. Les phénomènes comme la mémoire, la représentation, l’imagerie, le rêve ou la visualisation construisent la conscience et contribue à son évolution. C’est pourquoi il importe de bien utiliser, de bien profiter de ces phénomènes, de ces capacités.
La conscience a été étudiée par de nombreux philosophes. Des phénomènes tels que la mémoire, la représentation, l'imagerie, les rêves et la visualisation contribuent à sa construction et à son évolution. Il est donc crucial d'utiliser et de profiter de ces capacités de manière appropriée.
La représentation est une réentrance
En philosophie comme en neurosciences de la conscience, la notion de représentation rejoint étroitement le concept de réentrance, tel que développé par Gerald Edelman. Sa question centrale est simple, mais vertigineuse : qu’est-ce qui fait de nous des êtres conscients, capables de nous souvenir, de donner du sens à ce que nous vivons ?
La réponse ne se situe pas dans un neurone isolé, mais dans l’organisation dynamique de la mémoire, dans la cytoarchitecture des réseaux neuronaux.
Les cellules impliquées dans la mémoire et la perception fonctionnent en boucles de rétroaction permanentes. Autrement dit, le cerveau ne traite pas l’information à sens unique : il la compare, la réévalue et la module sans cesse. Ce que nous appelons subjectivement la conscience d’un souvenir émerge de ces boucles, qui attribuent aux signaux sensoriels une valeur affective et une catégorie cognitive.
Par exemple, se souvenir d’une salle de classe peut évoquer la sécurité pour l’un, et l’angoisse pour l’autre — non pas à cause du lieu lui-même, mais à cause des filtres émotionnels et symboliques associés.
De la transe vers la réentance
C’est précisément par la réentrance que chaque activité neuronale reçoit une signification. Une même sensation corporelle peut ainsi être interprétée de manières radicalement différentes selon le contexte mental :
une douleur peut être vécue comme une punition, une torture, ou au contraire comme un signe de guérison, par exemple lors d’une rééducation ou d’un entraînement physique. Ce ne sont pas les signaux qui changent, mais le cadre interprétatif de la conscience.
La visualisation et l’imagerie mentale dépendent directement de ces filtres. Et inversement, lorsque l’on travaille à reconstruire des représentations plus sécurisantes ou positives, c’est l’ensemble du champ de conscience qui s’en trouve modifié. En pratique clinique, cela se traduit souvent par un apaisement global, une diminution de la réactivité émotionnelle et une meilleure capacité d’adaptation.
Une métaphore simple permet de comprendre ce mécanisme : lorsqu’on range un objet dans une boîte, on sait qu’il s’y trouve encore, même sans ouvrir la boîte. Cette capacité fondamentale a été décrite par Jean Piaget sous le nom de permanence de l’objet. Elle constitue une pierre angulaire du développement cognitif, sur laquelle se construisent la pensée, le raisonnement et, plus tard, le célèbre « je pense donc je suis » de Descartes.
Les psychologues considèrent d’ailleurs la permanence de l’objet comme un précurseur essentiel de la communication. De la même manière, la capacité à maintenir mentalement des représentations stables — même en l’absence immédiate de stimulation — est au cœur de la conscience, de l’imagerie mentale et du travail thérapeutique.
Référence principale
Edelman, G. M. (1989). The remembered present: A biological theory of consciousness. New York, NY: Basic Books.
→ Ouvrage fondateur présentant la théorie de la réentrance comme mécanisme central de la conscience et de la mémoire.
Un filtre au niveau du cortex visuel
Dans une formulation simplifiée, la perception visuelle ne se limite pas à l’enregistrement passif d’un objet par le cortex visuel. Des boucles neuronales réentrantes permettent à l’information perceptive d’être continuellement re-présentée au cortex, intégrée et modulée par l’imagerie mentale, la mémoire et le contexte. Ce mécanisme crée un filtre perceptuel reliant l’objet perçu à son contenant symbolique — ici, la « boîte » — de sorte que l’objet peut être mentalement vu même en l’absence d’une perception sensorielle directe, comme dans une forme d’« imagerie en rayon X ».
Autrement dit, nous visualisons l’objet, nous l’imaginons et nous en construisons une image mentale. La conscience peut ainsi être comprise comme une représentation mentale de soi dans un contexte donné. Nos perceptions immédiates sont contraintes par ce contexte, mais nos capacités de re-présentation nous permettent d’élaborer des filtres cognitifs qui organisent et donnent sens à la réalité perçue.
La perception visuelle repose fondamentalement sur un principe de ségrégation figure-fond, bien illustré par certaines figures ambiguës devenues classiques en psychologie perceptive. Ces images démontrent que ce que nous « voyons » dépend autant de l’organisation perceptive que de l’interprétation cognitive.
Cette célèbre illustration — souvent accompagnée de la question « S’agit-il d’une vieille femme ou d’une jeune femme ? » — montre que la perception n’est jamais purement objective : elle est active, interprétative et dépendante du cadre mental du sujet.
Travailler en thérapie sur l’imagerie mentale revient donc à intervenir sur la construction ou la reconstruction de ces filtres perceptifs et symboliques. La manière dont une personne se re-présente dans la visualisation — sa posture, sa place, ses limites, sa capacité d’action — informe directement sur ses aspirations, ses ambitions et sur l’estime qu’elle se porte. En hypnose clinique comme en psychothérapie, l’imagerie devient ainsi un outil privilégié de transformation de la relation à soi et au monde.
Références annotées
Bullier, J. (2001). Integrated model of visual processing. Brain Research Reviews, 36(2–3), 96–107.
→ Décrit les mécanismes de rétroaction et de traitement réentrant dans le cortex visuel, fondamentaux pour comprendre la re-présentation perceptive.
Kosslyn, S. M., Ganis, G., & Thompson, W. L. (2001). Neural foundations of imagery. Nature Reviews Neuroscience, 2(9), 635–642.
→ Montre que l’imagerie mentale active les mêmes régions corticales que la perception visuelle, soutenant l’idée de filtres perceptifs construits.
Rock, I. (1983). The logic of perception. Cambridge, MA: MIT Press.
→ Analyse les principes figure-fond et la nature interprétative de la perception visuelle.
Neisser, U. (1976). Cognition and reality. San Francisco, CA: Freeman.
→ Introduit l’idée que la perception est organisée par des schémas cognitifs influençant l’expérience consciente.
Oakley, D. A., & Halligan, P. W. (2013). Hypnotic suggestion and cognitive neuroscience. Trends in Cognitive Sciences, 17(6), 277–285.
→ Relie imagerie mentale, suggestion hypnotique et modulation consciente de la perception.
Les applications de l’imagerie mentale
On utilisera donc l’imagerie et la visualisation comme techniques de mémorisation, mais aussi en psychologie sportive pour augmenter les performances athlétiques, faciliter la coordination musculaire complexe. Tel que démontré à l’émission Testé sur des humains du 11 avril 2016, Rémi Côté, psychologue utilise les techniques de visualisation et d’autohypnose pour aider Jean-Michel Anctil à faire face à son acrophobie.
La perception s’organise sur la base d’une ségrégation figure-fond, comme on le voit dans cette illustration classique illustrant tant de manuel de psychologie à la légende invariable :
Est-ce une vieille ou une jeune?
Travailler en thérapie sur notre imagerie mentale, c’est travailler sur la construction ou la reconstruction de ces filtres.
La façon dont on se re-présenter dans la visualisation et l’imagerie mentale nous en dit long sur nos aspirations, nos ambitions, sur l’estime que l’on se porte à soi-même.
Est-ce une vieille ou une jeune?
En psychothérapie, l’exposition et la désensibilisation peuvent parfois être vécues comme abstraites ou exigeantes sur le plan cognitif, surtout lorsque le travail repose principalement sur la parole et l’analyse. L’hypnose clinique, en intégrant l’imagerie et la visualisation, apporte une chaleur expérientielle supplémentaire : le patient ne se contente plus de parler d’une situation difficile, il peut l’explorer de l’intérieur, à son rythme, dans un cadre sécurisant. En état de transe hypnotique, les visualisations deviennent plus vivantes, nuancées et incarnées, ce qui facilite l’accès aux émotions, à l’apaisement et aux ressources internes. Cette approche permet souvent une régulation émotionnelle plus naturelle, là où une psychothérapie plus conventionnelle peut parfois rester efficace mais ressentie comme plus distante, plus intellectuelle ou moins enveloppante sur le plan affectif.